Collection

Cabinet de curiosités

  • Le Châtillonnais, un cabinet de curiosités à ciel ouvert

    Pays de plateaux forestiers où s’ouvrent des vallées et jaillissent des sources, le Châtillonnais est une terre riche en contrastes naturels. Placé à la jonction de deux couloirs fluviaux, celui du Rhône et celui de la Seine, il est aussi un espace de rencontre et de parcours.

    C’est à une découverte de cette richesse naturelle et sociale que nous convie la collection d’oiseaux naturalisés exposée dans une scénographie inspirée d’un cabinet de curiosités. 

    Par le biais des plus de 200 oiseaux perchés dans les vitrines, nous évoquons la vie des agriculteurs, gens du finage attachés à leurs terres, l’existence de ceux de la forêt, nomades forestiers, libres et pauvres, et enfin des « Messieurs », bourgeois des villes et des bourgades au 19e siècle.

  • Jeune fille et moutons, F. Chaigneau, 19e siècle, Huile sur toile

    Balade à la campagne

    Avant que n’interviennent la mécanisation et la chimie agricole, permettant l’implantation de vastes exploitations céréalières, les fermes de taille modeste pratiquent une polyculture associée à l’élevage. L’ensemble des membres de la famille travaille, enfants compris. L’une de leurs tâches consiste à garder les troupeaux de moutons et de vaches.

    Au sortir de l’adolescence, les garçons partent au service militaire, tandis que les filles font un apprentissage chez une couturière. Cette escapade finie, ils rentrent se marier au pays et n’en partiront plus.

  • Cette description donne l’image d’une région repliée sur elle-même. Le Châtillonnais est, pourtant, une terre d’accueil et de passage. Les ouvriers agricoles, au rôle essentiel lors des grands travaux estivaux, sont d’origine belge ou polonaise. Les bergers viennent d’Autriche, puis, dans les années 1920, de Suisse. Les fermes d’écarts, ces exploitations agricoles gagnées sur la forêt, placées à distance des villages, sont exploitées par des Belges, des Luxembourgeois, des Lorrains et Alsaciens.

    Ces populations détenaient des savoir-faire qui permirent au Châtillonnais de moderniser ses pratiques culturales.

  • Louis Desliens (1879-1975)

    Vétérinaire châtillonnais spécialisé dans le traitement des affections du cheval, chercheur fécond et inventeur de méthodes de traitement encore utilisées à l’heure actuelle, Louis Desliens fait partie des pionniers de la science vétérinaire. Il pratiquait la chirurgie sur les chevaux et, dans une moindre mesure, sur les vaches. Ses recherches sur les transfusions et la pression sanguine (hémodynamométrie) conduisirent à des innovations dans le traitement de diverses maladies. Son appareil, l’hémodynamomètre Louis Desliens fut commercialisé par la firme Splenger. L’évolution de la cardiologie donna raison à l’orientation de ses recherches.

    Michel Desliens, petit-fils de Louis Desliens, lui-même vétérinaire à Châtillon, constitua une importante collection d’instruments vétérinaires qu’il légua au musée. Cette collection nous rappelle que la science vétérinaire s’est à l’origine constituée pour des animaux qui étaient des outils de travaux agricoles et de transport.

  • Balade en forêt

    Au XIXe, la forêt est un milieu peuplé dans lequel se déploie une mosaïque d’activités. Les bûcherons "baraquent" dans les coupes et les "ordons" où les charbonniers "dressent" leurs fourneaux. Les sabotiers exercent leur art sur la place même, les cercliers coupent les coudres (noisetiers) pour "faire cercle à feuillette" ou "lien pour la moisson" (Petot, 2002), les tanneurs récupèrent l’écorce ; chasse et cueillette perdurent. 

    Les gens du bois absorbent les nouvelles populations, Morvandiaux, Auvergnats, Portugais, Espagnols et Italiens, dont ils adoptent certaines pratiques culturelles. La forêt est ainsi une porte ouverte sur le monde extérieur.

    A l’heure actuelle, le caractère exceptionnel de ce massif forestier est mis en valeur par le projet de création du parc national "Forêts de Champagne et Bourgogne".

  • Vue du Pont aux poissons à Châtillon-sur-Seine, Victorine Didier, début 20e siècle, Huile sur toile

    Balade au bord de l'eau

    La Seine serpente au pied du plateau calcaire qui lui fournit de nombreux affluents. La rive droite, suivant la retombée méridionale du plateau de Langres, reçoit les eaux drainées par les réseaux karstiques et les rivières qui découpent le plateau en leurs petites vallées. Cette plaine, soumise à de nombreuses inondations, fournit des prairies humides qu’affectionnent les grues et les hérons. 

    Les étangs de Villiers ou de Marcenay (propriété du Conservatoire d’espaces naturels de Bourgogne) sont des vestiges des installations monastiques de la région. Ils offrent un gîte et de la nourriture à de nombreuses espèces d’oiseaux. Ces espaces naturels offrent d’excellents lieux de promenades pour observer cette richesse ornithologique.

  • Louis Paul Cailletet (1832-1913)

    La première machine à liquéfier l’air est présentée parmi des oiseaux d’eau. C’est là un petit clin d’oeil à la conjonction de deux éléments, l’air et l’eau, d’ordinaire bien distincts. Louis Paul Cailletet, un scientifique de génie originaire de Châtillon-sur-Seine, inventa le processus de liquéfaction de l’air à l’origine de la cryogénie. Nombreuses sont les applications de cette découverte tant dans l’agroalimentaire, la médecine que dans la propulsion des fusées.

  • Fernand Daguin, le notable et les oiseaux

    Fernand Daguin travaille à Paris, où il est avocat au barreau. Son intérêt pour la législation comparée l’amène à voyager et à recevoir de nombreuses décorations étrangères. Il reste pourtant Châtillonnnais de cœur et d’âme. Habitant le château de Chamesson, il fut maire de ce village. Membre de la Société archéologique et historique du châtillonnais, il participe aux fouilles archéologiques qui enrichiront le musée. A travers cette collection d’oiseaux naturalisés se reflète le goût d’une classe sociale soucieuse d’enregistrer et de faire connaitre le patrimoine de sa région d’origine.

    Les notables animés d’un intérêt pour la science sont aussi ceux qui voyagent. Ils rapportent dans leur pays des objets au charme étrange, preuve de la curiosité qui les anime. L’aménagement reconstitué d’un cabinet de notable reflète une attirance pour les spécimens rares – ici des oiseaux peu communs, ou des objets exotiques, tel le piano aux motifs orientaux provenant d’Algérie.

  • Les bourgeois n’ont pas le même rapport à la nature que les agriculteurs et les gens du bois. Un tableau montre une jeune chèvre dans un intérieur cossu comme s’il s’agissait d’un animal de compagnie. Nous sommes bien loin de la représentation de la bergère gardant les moutons exposée en ouverture du monde paysan.

  • L’éducation bourgeoise offre une ouverture au monde dont peu de gens modestes disposent. Le globe terrestre présenté dans cette salle témoigne de l’apprentissage de la géographie qui peut donner le goût du voyage. Ces globes de grande dimension étaient utilisés comme matériel pédagogique afin d’inculquer aux élèves la géographie par le dessin.

  • Enfin, la présence de l’étrange piano orné de motifs orientaux illustre le goût pour des voyages. Sa facture est typique des pianos parisiens de la fin du XIXe siècle que les familles bourgeoises plaçaient dans leur salon. Il représente l'adaptation d'un objet occidental, la musique arabe n'utilisant pas le piano, au goût pour l'orientalisme propre à la fin du XIXe siècle. Sa propriétaire vécut une partie de sa vie en Algérie, auprès de son mari, avocat au tribunal d'Alger. Amie de Fernand Daguin, elle légua cet instrument à la ville de Châtillon-sur-Seine.

  • Le Châtillonnais, un cabinet de curiosités à ciel ouvert
  • Balade à la campagne
  • Louis Desliens (1879-1975)
  • Balade en forêt
  • Balade au bord de l'eau
  • Louis Paul Cailletet (1832-1913)
  • Fernand Daguin, le notable et les oiseaux